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Carnet de vie d'un médecin voyageur


la citadelle

Publié le 28 Juin 2013, 09:31am

Ce n'est pas que les journées sont longues mais il faut savoir s'occuper.

"Temps modernes", merci à vous !

Le soir venu, la plupart des hivernants disparaissent dans leur chambre : qui pour correspondre par mail, qui pour mettre son blog à jour.

Les disques durs apportés dans nos bagages, avec pour justification principale d'être gavés de photos du "Sixième Continent", n'ont  pas fait le voyage à vide. Ils sont chargés de fichiers prévus pour occuper les longues soirées d'hiver.

Et c'est, sans conteste, l'activité qui décroche tous les records de visionnage par d'aucuns,  blottis dans leur lit, couette rabattue, bien au chaud.

Le bâtiment de vie commune s'en trouve, bien souvent, délaissé lorsque le jour décline comme victime d'un désamour du public pour le grand écran. Pourtant, quel instant magique de partage et d'immersion au sein d'une aventure pour laquelle, souvent, un écran d'ordinateur donne une vision en définitive, trop étriquée !

Ces activités au goût du jour laissent penser aux anciens et aux puristes que "c'était mieux avant !".

On peut en effet concevoir sans peine que le fameux "esprit de mission", si cher à une partie des hivernants dans les TAAF pourrait pâtir de comportements individualistes et que notre communauté restreinte et isolée se déliterait dans l'innovation numérique.

Pour ma part, je ne suis pas du genre à renier le confort que m'apporte la modernité, sans pour autant la rechercher à tout prix. Faire preuve d'adaptabilité et de souplesse me semble une nécessité pour profiter au mieux d'un environnement, quel qu'il soit.

De toutes les façons, il me semble illusoire de vouloir mettre sur le dos de la technologie ce besoin d'isolement à la brune.

Après six mois coupés du reste du monde mais à cohabiter à chaque instant dans des espaces restreints, il est non seulement agréable mais aussi nécessaire pour tout un chacun de retrouver un peu de cette intimité au creux de son alcôve.

Il est tout de même un moyen bien plus ancien et tout aussi efficace que le septième art pour se déconnecter de la réalité ambiante : le plaisir de lire !

Des livres, encore des livres ! Le Paradis ?

Des livres, encore des livres ! Le Paradis ?

Toujours des livres ! Le Paradis !

Toujours des livres ! Le Paradis !

 

Des livres, nous en avons ! Plein ! Répartis un peu partout, plus ou moins triés, dans des bibliothèques branlantes le long des murs dans les couloirs du 42.

Ici, des livres de poche de science-fiction ou des polars ; là, des récits de voyage ou d'aventure ...

Ce ne sont pas vraiment les dernières nouveautés.

Nous baignons plutôt dans une ambiance rétro-classique, un compendium de ce qui a été à la mode.

Aux commandes faites par l'Institut Polaire pour les hivernants, se sont ajoutés les livres "abandonnés" des précédentes missions ; ceux que l'on  enfouit dans sa cantine lors des préparatifs de départ pour "plus tard" ou que l'on a déjà consommés lors du trajet aller, à bord de l'Astrolabe, pour ceux qui arrivaient à lire sans être perturbés par le roulis du navire.

Il n'est pas nécessaire de les ramener ceux-là !

Peut-être se dit-on que l'on laisse un peu plus de soi ici quand on repart.

Peut-être s'agit-il seulement de libérer de la place dans les bagages des partants.

Et puis il y a, au Séjour, la bibliothèque à proprement parler.

Tellement d'ouvrages qu'on en oublierait les murs cachés derrière.

Rangés par ordre alphabétique, sur d'interminables étagères qui parcourent toute la longueur de la pièce, ils attendent patiemment leur tour. Cet instant fugace qui fait que l'on va choisir celui-ci plutôt que celui-là.

Choix hasardeux d'un titre accrocheur ou d'une couverture agréable ? Choix motivé par le nom de l'auteur ou la réputation de l'ouvrage ? La quatrième de couverture peut-être ?

Qui n'a pas le réflexe, se saisissant d'un livre qui lui paraît intéressant, de le retourner prestement pour en découvrir le pitch au dos afin de vérifier s'il répond à son attente ?

Il y a quelques jours à peine, je détaillais négligemment les ouvrages alors que j'attendais que résonne la cloche que le "service base" fait tinter pour signaler le début du repas.

Je tombai soudain en arrêt devant un titre qui m'évoquait le passé pour plusieurs raisons.

Je m'en emparai, le retournai prestement : frustration. La quatrième de couv' ne laissait apparaître aucun commentaire ni résumé. Il n'y avait de visible que la continuité du motif bleu imprimé sur la couverture.

Alors, je souris. La même mésaventure m'était arrivée à Kerguelen lors de mon hivernage en 2009, avec le même livre.

Pas découragé, je l'avais emmené dans ma chambre et découvrant son propos, je l'avais dévoré en un temps record.
 

la citadelle

 

Il s'agit de "la Citadelle" au titre peu évocateur de son contenu.
Son auteur, A.J. Cronin, médecin et romancier écossais qui a vécu au siècle dernier, y conte l'histoire d'un jeune médecin qui débute sa carrière dans une ville minière du Pays de Galles en 1924.

Largement inspiré de son expérience personnelle, ce récit, aux accents humanistes marqués, est résolument moderne en regard des problèmes de désertification médicale que nous vivons à l'heure actuelle.

Si, au cours des études médicales, les doyens de facultés proposaient une liste d'ouvrages littéraires susceptibles d'éveiller notre sensibilité de professionnels de santé, avec tout ce que cette notion peut impliquer, alors, "La Citadelle" devrait en faire partie !

C'est donc, vous le comprendrez bien, avec beaucoup d'émotion et de plaisir que j'ai eu la chance de "retomber" sur ce livre.

Quand je constate quelle force un récit peut avoir sur moi et à quel point il peut résonner sur ma conscience jusqu'à avoir une conséquence sur mes pratiques et mes choix, je me pose tout de même une question :

Suis-je vraiment libre du choix d'un livre ?

Ou est-ce le livre qui me choisit ?

 

 

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