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baroudoc.overblog.com

Carnet de vie d'un médecin voyageur


L'eau et l'électricité

Publié le 10 Juillet 2013, 09:45am

De l'eau et de l'électricité. ça n'a l'air de rien comme ça.

Après tout, il suffit d'ouvrir le robinet ou d'appuyer sur l'interrupteur.

Il suffit de brancher ses appareils à la prise murale.

Evidemment !

Evidemment ... Il suffit de ...!

Ici, à Dumont d'Urville, sur la base scientifique polaire française, c'est pareil. 

Nous avons l'eau courante et l'électricité. Pourtant, nous sommes un peu loin pour être raccordés au réseau.

Alors, nous avons notre petit secret pour vivre en autarcie : notre propre centrale !

Il émane une chaleur confortable de l'imposant moteur qui ronronne.

Il émane une chaleur confortable de l'imposant moteur qui ronronne.

Gérée de main de maître par Fred le "chef-centrale" et son second, Stéphane, la centrale nous fournit toute l'énergie dont nous avons besoin pour mener à bien nos activités professionnelles mais aussi pour améliorer nos conditions de vie dans ces lieux extrêmes et inhospitaliers que nous nous évertuons à occuper.

C'est bien grâce à elle que le thermomètre affiche près de 20°C à l'intérieur des bâtiments de vie alors que la température extérieure chatouille le moins 25°C avec régularité à défaut de constance.

C'est elle, encore, que j'ai trop tendance à oublier quand je profite d'une délicieuse douche d'eau chaude, à en être indécente. C'est toujours elle, enfin, qui me fournit l'eau potable distillée à partir de l'eau de mer.

Elle me paraît si essentielle, si indispensable à notre vie sous ces latitudes que je considère avec encore plus de surprise et de respect la "Cabane Marret", monument historique de l'île des Pétrels. Cette cabane, qui semble faite de bric et de broc, a abrité les sept premiers hivernants sur ce site, en 1956, dans des conditions sans conteste beaucoup plus précaires et aventureuses.
Alors, je goutte d'autant plus le confort dont je bénéficie ici et maintenant.

Mais, aussi travailleurs et sérieux soient-ils, nos deux "centraliens" ont tout de même besoin de repos. C'est pourquoi, chaque nuit, un des personnels techniques en hivernage a la responsabilité d'assurer une garde de surveillance. Il s'installe dans les locaux à 20 heures et en est libéré par la relève à 6 heures 30 le matin.

Les " techniques " sont au nombre de huit. Nous sommes vingt cinq sur la base. Alors, parfois, afin de les soulager de cette contrainte, nous, leurs co-hivernants, pouvons assumer cette garde sur accord du "chef-centrale".

Ce soir, c'est mon tour.

Chacune des armoires est dédiée à un des trois générateurs dont nous disposons.

Chacune des armoires est dédiée à un des trois générateurs dont nous disposons.

Si j'ai des passions, si ma curiosité naturelle me pousse à m'intéresser à des domaines variés, la mécanique, je m'en désole, n'en fait pas partie.

Les moteurs sont à mes yeux un mystère insondable à tel point que je suis incapable de comprendre quoi que ce soit à la motorisation de la moindre voiture.

Si, si !  Vous savez ces fameux "1.6l à injection TDSI" et autres signes cabalistiques qui ont l'air de faire frémir de plaisir les connaisseurs. Et bien, ce n'est pas pour moi !

Et, ce n'est pas faute d'avoir tenté de m'y intéresser !

Mais ce n'est pas grave, pour cette nuit, il n'est pas requis de compétence particulière dans ce domaine.

Je suis seul, installé au chaud dans le bureau séparé de la salle des machines par une vitre qui en atténue le monstrueux ronronnement continu qu'elles produisent.

Mon incontournable tasse de thé à portée de main, j'écris cet article alors que Jean-Jacques Goldman interprète ses plus grands succès en live à travers les hauts-parleurs de l'ordinateur des lieux  qui se trouve derrière moi.

Je suis entre deux relevés.  Ma principale fonction pour ce soir est de faire le tour des machines toutes les deux heures pour relever les nombres affichés sur un tas de petits compteurs, cadrans, afficheurs numériques, petites aiguilles tremblotantes, jauges diverses.

En tout, vingt-sept paramètres à noter avec soin sur la feuille imprimée qui m'a été confiée.

La première fois, la personne que je remplaçais m'a accompagnée sur le premier relevé pour me montrer où regarder, pour débusquer les cadrans facétieux parfois cachés derrière un tuyau et pour vérifier que je m'en sortais. Puis, on m'a expliqué les alarmes. Et cela, c'est important ! Car si un dysfonctionnement a lieu, une stridente sirène m'en avertit aussitôt. Là, il s'agit de garder son calme.

Alors, d'abord se rappeler les consignes :

Identifier quelle est l'alarme qui s'est mise en route.

Il y en a trois sortes : incendie, technique ou moteur. Si la sirène reste la même, chacune possède son gyrophare dédié, rouge, bleu ou orange. Et c'est tant mieux car cette lumière salvatrice permet de se diriger vers le bon tableau où je peux noter le voyant clignotant qui signale le siège de l'anomalie. Puis, une fois l'alarme coupée, je dois appeler par téléphone le responsable technique concerné par le problème.

Le reste n'est pas de mon ressort. Je ne suis que la première ligne.

Quelque part, seul face à ces machines que je trouve de moins en moins hostiles à mon encontre, cette nuit de garde me ramène à mes premières années d'études, lorsque, externe en soins intensifs de cardiologie, je devais passer la nuit, partagée avec mon binôme, à regarder une dizaine d'écrans cathodiques sur lesquels s'agitaient les tracés des rythmes cardiaques des patients hospitalisés dans les chambres qui m'entouraient.

De la même manière, il fallait identifier d'où provenait l'alarme. puis, après avoir réalisé un électrocardiogramme (ECG) au patient et lui avoir posé quelques questions, je me dirigeai d'un pas vif vers la chambre de l'interne de garde pour profiter de son expérience, de son avis et de sa solution.

La différence, certes, est que je comprenais nettement mieux ce que je faisais.

Des cadrans, des aiguilles, des chiffres, des valeurs ...

Des cadrans, des aiguilles, des chiffres, des valeurs ...

Les étiquettes numérotées sont bien pratiques pour savoir dans quelle case noter les valeurs relevées.

Les étiquettes numérotées sont bien pratiques pour savoir dans quelle case noter les valeurs relevées.

Le casque anti-bruit rivé sur les oreilles, les charentaises aux pieds, c'est l'heure du relevé. Au-dessus, face à moi, les gyrophares d'alarme.

Le casque anti-bruit rivé sur les oreilles, les charentaises aux pieds, c'est l'heure du relevé. Au-dessus, face à moi, les gyrophares d'alarme.

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