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Carnet de vie d'un médecin voyageur


Dernière ligne droite pour l'Antarctique

Publié le 1 Décembre 2012, 15:14pm

Hobart, Tasmanie

Il est là, seul, sous le soleil si haut perché qui ne peut l'écraser davantage, accosté au quai. Nous, les futurs hivernants de la mission 63 à destination de la Terre Adélie, sommes rassemblés sur l' appontement avec nos bagages, prêts à embarquer sur cette coquille de noix pour l'ultime transit de notre périple.

L'Astrolabe, navire polaire avec ses 62 mètres de long, sa coque rouge et bleue et ses logos "IPEV" et "TAAF" va enfin nous accueillir.

C'est mon tour ! Il est maintenant temps de gravir l'étroite passerelle qui mène à bord.

J'accède à la coursive qui me conduit à" l'hôpital"." L'hôpital" ! C'est un bien grand mot !

il s'agit de la cabine qui m'est attribuée en toute logique compte tenu de ma fonction. J'ouvre la porte. La décoration y est épurée : deux bannettes superposées sur la droite, un petit bureau collé au mur sur la gauche. Il est flanqué de deux armoires dans lesquelles les médicaments et le matériel médical mis à ma disposition sont placés. J'examine, étagère par étagère, l'arsenal thérapeutique sommaire. Il semble être réparti par spécialité : cardiologie, ophtamologie, dermatologie ...

Je n'ai pas à chercher les produits contre le mal de mer : deux enveloppes contenant les patchs protecteurs m'avaient été confiées lors de mon départ de métropole.

A peine ai-je eu le temps de déposer mes volumineux sacs de voyage que déjà une file d'attente composée du petit groupe, se forme devant la porte de ma cabine.

La distribution des patchs commence....

" - Allez hop ! prends le patch, colle-le derrière l'oreille et lave-toi bien les mains car si tu viens à te frotter les yeux, tu risques de te mettre du produit et ça trouble la vue !".

"- Attention, ça sèche la bouche, alors bois beaucoup d'eau !"

Je répète inlassablement les consignes d'utilisation à chacun des membres du groupe. Donc une bonne vingtaine de fois !

Voilà une bonne chose de faite !

Le mal de mer est imprévisible par nature. Mais il est bien aidé lors d' une météo défavorable et par le fond sans quille du navire qui le rendent particulièrement sensible à la houle. Mieux vaut éviter de nous indisposer davantage si nous devons être soumis à la vindicte marine.

L'Astrolabe à quai à Hobart, prêt à partir.

L'Astrolabe à quai à Hobart, prêt à partir.

Je viens de passer une bonne partie des trente-cinq dernières heures dans les airs. Placé en queue d'un appareil au siège un peu étroit au vu de ma corpulence, j'ai tenté de dormir assis.

Le reste du temps a été consacré aux formalités de police identiques à chacune des escales, avec son même cérémonial à l'approche des portiques de sécurité :

- vider ses poches, retirer sa ceinture, sortir l'ordinateur de sa housse, tout disposer en tas dans des petits bacs en plastique. Le tout inspecté par les Autorités aux rayons X.

La fatigue aidant, le doute me vient, puis le stress et bientôt l'angoisse m'étreignent.

Je m'interroge. N'ai-je pas oublié d'enlever mon coupe-ongles ou pire mon tube de dentifrice ? ce qui me ferait immédiatement passer du statut de touriste inoffensif à celui de dangereux terroriste !

Le portique métallique passé, je récupère mon bazar de l'autre côté. Je pars la ceinture à la main pour la remettre un peu plus loin.Je m'installe sur un fauteuil de l'aérogare. Je tension redescend. Je suis soulagé. Tout va bien.

Mais c'est bien par la mer et non par les airs que je vais finir de parcourir les deux mille sept cents kilomètres qui me séparent encore de mon but.

A la dix huitième heure du premier jour du dernier mois de l'année, l'Astrolabe se décide à appareiller pour ce qui va être la dernière étape de ce transfert du confins des terres habitées vers .........

Alors que nous sommes sur l'Astrolabe, à la sortie de la bien-nommée "Baie des Tempêtes", un commentaire du second nous met aussitôt dans l'ambiance :

"-On se dépêche avant que le temps se dégrade. On est parti pour deux jours de mauvais temps. Pas de chance, on sort de dix jours de mer calme!"

 

 

Alors que nous quittons la Baie des Tempêtes, certains profitent une ultime fois d'un chaleureux bain de soleil en profitant de la vue offerte de l'héliport ...

Alors que nous quittons la Baie des Tempêtes, certains profitent une ultime fois d'un chaleureux bain de soleil en profitant de la vue offerte de l'héliport ...

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