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Carnet de vie d'un médecin voyageur


Dans le pack

Publié le 8 Décembre 2012, 12:56pm

J'ai peut-être été un peu optimiste.

Il y a deux jours, je voyais mes premiers glaçons. Avec leur apparition, j'ai laissé poindre l'enthousiasme d'une arrivée très prochaine. Mais l'Antarctique se mérite. Il ne se donne pas comme ça aux premiers venus pour le déflorer.

Il est deux heures du matin. Il fait grand jour. Je me lève, m'habille rapidement, m'équipe de ma parka polaire et de mon bonnet, enfile comme à mon habitude, ma paire de sous-gants et saisis mon appareil photos : direction la plate-forme arrière.


De l'héliport, la vue est à couper le souffle. A perte de vue la banquise ! La blancheur immaculée et aveuglante de la glace est encore plus mise en valeur par un ciel sans nuage aucun, illuminé par un astre solaire si radieux qu'il inonde le paysage de son éblouïssante clarté. Lunettes de soleil obligatoires, classe 4, la catégorie utilisée pour les glaciers, sous peine de sanction immédiate à cause de la forte réflexion des rayons du soleil sur cette immense surface blanche. Rester trop longtemps sans protection visuelle pourrait causer une uvéite, ulcération de la cornée. Cette couche superficielle protège l'oeil. Quand elle est abîmée, elle est responsable de terribles sensations de brûlure des yeux. Mais, pas de problème : j'ai chaussé mes lunettes.

Il fait déjà grand jour. Une vive lumière orangée éclaire la scène. Et quelle scène ! Depuis plus de vingt-quatre heures, nous sommes bloqués dans le pack, cernés par la banquise. A moins de cent kilomètres de la base, et après plus de 2500 kilomètres de navigation depuis Hobart, nous avançons maintenant à la vitesse d'un escargot engourdi par le froid.

Alors, tant bien que mal, l'Astrolabe tâtonne dans sa progression sur cet océan blanc aux reliefs déchirés. Marche avant, il glisse sur la banquise. La proue du navire se soulève alors qu'il se hisse sur la glace. Crissements, craquements ... La nature cède sous le poids et un éphémère morceau d'eau libre apparaît devant nous, suffisant en tout cas pour s'y engager.

Ce n'est pas toujours aussi facile, loin de là. La plupart du temps, c'est une succession de marches avant et marches arrière qui permet à cette coquille de noix de se frayer un chemin à la lutte dans des lieux aussi majestueux qu'ils sont hostiles.

Parfois, à la suite d'une charge musclée, le navire reste là, posé comme un animal fatigué, épuisé de ses efforts continuels et vains. Sans capituler, il joue des coudes. il donne de la voix. Les 6000 chevaux de ses moteurs ruent et se cabrent pour encore une fois faire céder l'immensité devant lui. Et il y arrive.

Encore une fois.

Il n'a plus qu'à recommencer quelques mètres plus loin.

Encore une fois.

Le renoncement ne fait pas partie du vocabulaire de l'équipage. Il se joue ici et maintenant un drame inique dont je suis le témoin privilégié : un mélange de "David et Goliath" et du mythe de Sisyphe.

Nous sommes seuls au milieu de nulle part et notre progression continue. Quand arriverons-nous sur base ? Je suis bien incapable de le dire. Certains de mes compagnons plaisantent : "-Si ça continue, on va passer Noël à bord !".

Et alors ? Après tout, l'aventure ne commence pas au débarquement. L'aventure, elle a commencé au moment même où j'ai fermé la porte de chez moi.

Je me prends à imaginer une traversée tranquille, sans cet épisode, sans les trois jours de mauvaise mer qui ont précédés. Quel dommage !

Vivre ça !

Ressentir ça !

Pouvoir raconter ça !

Et passer à côté ?

Non ! Non, non et non !

L'Astrolabe dans les glaces

L'Astrolabe dans les glaces

Partout autour du navire, de la banquise ! Privés de notre liberté de mouvement, il ne nous reste plus qu'à profiter du spectacle

Partout autour du navire, de la banquise ! Privés de notre liberté de mouvement, il ne nous reste plus qu'à profiter du spectacle

L'Astrolabe on the rocks évolue tant bien que mal.

L'Astrolabe on the rocks évolue tant bien que mal.

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mlajoux28 23/04/2013 15:33

Magnifique rédaction. On s'y croirait. Félicitations !!!

J'espère vivre cette aventure cette année. En effet, j'ai postulé à plusieurs offres d'électronicien via le site de l'IPEV. J'aimerais vraiment pouvoir vivre la même aventure que la vôtre. Peut-être un jour...

dubois 29/12/2012 13:58

bonjour espere que tt se passe bien pour toi bon voyage alors

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