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baroudoc.overblog.com

Carnet de vie d'un médecin voyageur


Commémoration

Publié le 15 Mai 2013, 21:07pm

Un 8 mai en Antarctique. Un jour férié. un jour ensoleillé.

C'est l'occasion rêvée pour aller se dégourdir les jambes et se libérer l'esprit sur la banquise.

J'accompagne trois de mes compagnons pour une de ces sorties délectables sur la glace de mer.

Cette fantaisie de près de quatre heures trente entraîne une contrainte bien supportable : sauter le repas.

L'éphéméride nous dicte sa loi implacable :

Mercredi 8 Mai

Lever du soleil : 9 h 26

Coucher du soleil : 15 h 46

Durée : 6 h 16

Ainsi bornée, notre escapade peut se mettre en place, prendre forme jusqu'à nous emmener au plus proche de bergs de quarante mètres de haut comme le Glacier de l'Astrolabe.

Même si, par mesure de prudence, il nous est nécessaire de conserver une distance de sécurité par rapport à ces immenses montagnes de glace, la proximité de ces gigantesques volumes blancs, éclatants, provoque en moi une humilité manifeste.

Effet de perspective oblige, ce berg paraît bien petit. Pourtant, la réalité est toute autre.

Effet de perspective oblige, ce berg paraît bien petit. Pourtant, la réalité est toute autre.

J'entends, par instants, des blocs de glace craquer sous l'influence du rayonnement solaire.
J'ai beau savoir que sous mes pieds l'épaisseur de la glace est proche de 70 cm, je ne peux m'empêcher de me rappeler que ce n'est pas très naturel de "marcher sur l'eau".

La petite étendue d'eau visible est bel et bien une plaque de glace au pied du berg, témoin d'une résurgence (remontée d'eau au-dessus de la banquise).

La petite étendue d'eau visible est bel et bien une plaque de glace au pied du berg, témoin d'une résurgence (remontée d'eau au-dessus de la banquise).

Pour ce "On Ice Tour !", j'ai, comme mes camarades, prévu ma paire de raquettes. Les importantes chutes de neige des jours précédents nous ont fait craindre une évolution difficile à s'enfoncer jusqu'aux genoux dans la poudreuse. Mais, Dame Nature, généreuse et compréhensive pour ma forme (mes formes), a dégagé de son souffle puissant l'importune, la veille de ma sortie.

Le sol glacé est facile à pratiquer et s'accommode fort bien des crampons dont j'ai équipé mes chaussures. Oui ! Ce jour-là, mes raquettes resteront flanquées à mon sac à dos.

Une "rivière" gelée sépare deux plaques de glace.

Une "rivière" gelée sépare deux plaques de glace.

Mais l'heure avance.

Le soleil qui se refuse à décoller bien au-dessus de la ligne d'horizon progresse dans sa course vers le point où il aime à disparaître de plus en plus tôt.
Il est temps de rentrer.

D'ailleurs, un autre évènement nous attend.

Car le 8 mai peut être considéré comme une simple occasion de profiter d'instants libérés. Un jour férié qui, comme le jeudi de l'Ascension qui le talonne de près, permet de raccourcir sa semaine de travail de façon drastique.

Néanmoins, je m'y refuse. J'aime les symboles. Et je n'ai jamais autant pris conscience de l'importance de ceux-ci que depuis que je voyage dans tous les bouts du monde.

Une commémoration signe un évènement forcément important, qui a mis en jeu la vie et la mort de nombreuses personnes pour que la vie des générations suivantes en soit transformée.

Je suis toujours effaré par mes lacunes en histoire, lacunes que mes études médicales n'ont fait qu'agrandir. Cette matière, qui me paraissait si théorique à l'école, me semble maintenant terriblement essentielle.
Chaque endroit, où j'ai la chance de poser le pied et le regard, a un passé  que je ne connais pas ou trop peu et qui, pourtant, résonne dans le présent sans que je puisse en prendre la pleine mesure.

Alors, de temps en temps, accepter de regarder en arrière, me mettre face au passé pour y réfléchir quelques minutes ne me fait pas de mal.

Là, face au mât des couleurs, dressé pour l'occasion pile à l'endroit où une petite colonie de manchots Adélie s'établit chaque année en été, je participe à la cérémonie présidée par Maxime, notre "dista".

Dista est la contraction de rigueur pour "chef du district de Terre Adélie". C'est le représentant du préfet des TAAF sur ce territoire antarctique revendiqué par la France et le chef de base Dumont d'Urville pour cette 63e mission polaire française.

Pour l'occasion, il s'est paré de son écharpe tricolore. A la main, une feuille lui rappelle le discours officiel de Kader Arif, ministre chargé des anciens combattants, qu'il doit lire.

Il est 16 heures.

Le jour décline et la température fraîchit. Le ciel arbore des couleurs pastelles que seul un  aquarelliste pourrait sublimer avec justesse pour rendre justice à l' émotion subtile qu'elles suscitent.

Maxime, dista de la 63e mission.

Maxime, dista de la 63e mission.

La majeure partie des hivernants de la base est réunie.
Les quelques rares absents sont retenus par une mesure à effectuer impérativement à cette heure, ou autre tâche du même ordre.

Nous écoutons cérémonieusement le discours.

A mon grand regret, personnellement, je trouve qu'il est trop orienté sur la notion de victoire et pas assez sur celle d'achèvement d'un drame humain pour toutes les nations engagées dans un conflit meurtrier et destructeur. Mais, je ne suis pas ministre, et, je n'écris pas de discours.

Toute la base, ou peu s'en faut, est réunie pour l'occasion.

Toute la base, ou peu s'en faut, est réunie pour l'occasion.

Vient le moment de hisser le drapeau.

La minute de silence ...

 

Voilà !

 

Peut être pas grand chose. Peut être rien pour vous.

Mais nous sommes loin de tout et de tous.

Un évènement tel que celui-ci participe de notre rattachement et de notre attachement à la France et au monde.

Même isolés, nous ne sommes pas obligés d'oublier.

 

Alors, même si mon humanisme forcené lutte à couteaux tirés avec mes épisodes chroniques de misanthropie, je me tourne vers Voltaire et j'espère.

 

Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères !

Voltaire

(Prière à Dieu, extrait du chapitre XXIII sur la tolérance, 1763

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forest christine 20/05/2013 12:24

merci pour ces belles photos qui , effectivement, nous obligent à l' humilité, et à réfléchir sur ce "fichu réchauffement climatique" dont on ne se souci pas assez ici!!
je suis aussi totalement en accord avec vos remarques sur notre Histoire; pas assez de retour en arriére pour que nos enfants et futurs petits enfants puissent un jour comprendre, et surtout ne pas reproduire les mêmes erreurs!! A nous de rester vigilants dès lors.
En attendant, profitez pleinement de ce lieu magique tant qu'il existe encore; et faites nous partager pleinement cette expérience, le plus souvent possible.

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