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Carnet de vie d'un médecin voyageur


C'est par où déjà ?

Publié le 17 Janvier 2013, 09:41am

S'y retrouver, dans un lieu totalement nouveau, est une tâche qui peut sembler parfois ardue dans les premiers jours. Les constructions chamarrées qui constituent le corps de la base ont chacune une dénomination précise, rarement parlante au premier abord.

Prenons d'abord l'exception en exemple :

Le "Séjour" est le bâtiment de vie dans lequel va se dérouler la majeure partie de ma vie sociale. Il abrite :

- les cuisines où le chef et le boulanger-pâtissier s'activent chaque jour pour contenter notre estomac avec les produits, boîtes ou surgelés, dont ils disposent.

- la salle dans laquelle on mange, qui se transforme à l'envi en piste de danses avec tubes des années 80, en salle de cinéma où se côtoient vieux classiques à la "Tontons flingueurs" et dernières nouveautés façon "Super héros Marvel" ou en espace de jeux pour joueurs de tarots convaincus et gamers de vieux jeux de plateaux hérités des années 90.

- la bibliothèque est garnie de bandes dessinées à réserver pour les longues soirées d'hiver et de livres de poche pas forcément récents mais nombreux et variés.

- le billard et le baby foot pour les aficionados ou pour se détendre après une grosse journée de travail en prenant l'apéro avant de se poser à table.

 

En vue aérienne, c'est beaucoup plus facile de se repérer. (Photo S. Feuz)

En vue aérienne, c'est beaucoup plus facile de se repérer. (Photo S. Feuz)

Voilà ! ça, c'est l'exception !

Si je me dirige droit devant moi, au bout de la passerelle, quand je sors du "Séjour", j'arrive au "42". Celui-ci, je l'ai vite identifié et ce, pour deux raisons très simples :

Premièrement, c'est le bâtiment dortoir. Toutes les chambres des hivernants s'y trouvent ainsi que quatre salles de bains que nous nous partageons.

La seconde raison ? C'est mon lieu de travail . "L'hôpital" occupe toute l'aile gauche du rez-de-chaussée de cet édifice rouge orangé à un étage.

Pour le reste, on entre dans l'ésotérique. Du coup, je me retrouve confronté à des bribes de conversations et échanges verbaux bizarroïdes où le questionneur ressort plus perdu qu'à son arrivée :

 " J'arrive pas à faire marcher le compresseur du fauteuil dentaire."

- Va voir le plombier : il est au "Siporex" !

- ... !

 

"Il paraît qu'ils font une prise de sang à un manchot ?".

- Si tu veux y jeter un coup d'oeil, fais un tour à "Biomar".

- ... !

 

" Pour les adresses mails, comment on fait ?".

- C'est l'informaticien qui va pouvoir te régler ça à "Géophy".

- ... !

 

" Bon, ben pour aller faire du sport, ça va me détendre. Tu peux m'indiquer la salle ?".

- Dans le "75", dans la pièce à côté du local poubelle.

- ... !

J'utilise beaucoup les 3 petits points dans mes conversations. Visuellement, ça prend l'allure d'un visage perplexe, hésitant à poser la question suivante de crainte d'être encore plus perdu.

Autant dire que je ne suis pas plus avancé pour autant.

Les personnels techniques qui interviennent directement sur les différents sites de la base se repèrent bien plus vite que moi. Les scientifiques, quant à eux, sont plus pointus sur les noms des îlots périphériques où ils vont observer les sujets marins ou volants de leur étude.

Mais petit à petit le manchot Adélie fait son nid. Jour après jour, je m'installe, je prends mes repères, je m'autonomise.

En tout cas, il y a des bâtiments que tout le monde, sur la base, connaît bien et place très vite : les "magasins +4° C et -20°C"

Tous les samedis, après le repas de midi, les habitants de la base se réquisitionnent d'eux-même pour la "manip' vivres".

Equipés de nos gants de manutention fourrés, en cuir jaune, à 13h15 précises, nous nous retrouvons rassemblés, pour une des tâches communautaires de la plus haute importance : rapporter des réserves alimentaires et des frigos, les vivres nécessaires pour que le chef puisse nous régaler dans la semaine qui suit.

Un peu d'efforts pour beaucoup de confort. Alors, on s'active. Un chaîne humaine se forme. Je m'y glisse. Et les cartons défilent : Viandes, poissons, légumes, fromages. Tout y passe.

A côté de moi, le Chef "Centrale" réagit à chaque fois qu'une denrée passe dans ses bras. Comme un filtre qualitatif, il ponctue son effort d'un "Aahhh!" ravi ou d'un "Mmmm !" gourmand et parfois d'un inévitable "Oh !" bref, déçu mais vite effacé par ce qui suit.

La bonne humeur est de la partie. Les plaisanteries fusent.

Je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée fugace pour cet hiver à venir nocturne et froid. La manip' sera probablement moins agréable.

Assez rêvassé, il est temps de passer juste à côté, dans la corne d'abondance : le local alcool. On libère alors de ce local, fermé à clef, quelques bouteilles prélevées avec parcimonie. Ces mêmes bouteilles qui réchaufferont le corps et l'âme des expatriés que nous sommes, pendant une semaine. Les yeux brillent. les visages s'illuminent.

A titre personnel, je suis plus intéressé par les bouteilles de soda. Ma fonction va de pair avec une sobriété nécessaire et pas du tout difficile à vivre.

De toutes façons, j'ai toujours la salle de sport pour me détendre;

 

... !

 

Euhhhh. C'est par où déjà ?

 

Une procession s'organise devant le +4°C

Une procession s'organise devant le +4°C

La chaîne humaine s'applique à charger le Morooka, cet étrange véhicule à chenilles qui portera pour nous les vivres jusqu'à l'entrés du Séjour

La chaîne humaine s'applique à charger le Morooka, cet étrange véhicule à chenilles qui portera pour nous les vivres jusqu'à l'entrés du Séjour

Arrivée au Séjour. Il ne reste plus qu'à tout décharger. Les cuisines passeront encore du temps cet après-midi à ranger les stocks d'une semaine.

Arrivée au Séjour. Il ne reste plus qu'à tout décharger. Les cuisines passeront encore du temps cet après-midi à ranger les stocks d'une semaine.

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