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baroudoc.overblog.com

Carnet de vie d'un médecin voyageur


Arrivée à Dumont d' Urville

Publié le 11 Décembre 2012, 10:22am

Nous y sommes !

Enfin ...

Nous y sommes presque !

La station Dumont d'Urville me tend les bras, là, juste en face. Ne nous sépare qu'une discrète langue de mer.

La veille au soir, Alain, le robuste bosco, qui s'occupait de la logistique de l'IPEV à bord, nous avait prévenu :

"- Départ 8 heures en hélico. Il faut que vous soyez prêts à 7 heures pour mettre vos bagages dans les caisses bois. Demain midi, vous mangerez sur la base."

Un petit frémissement m'avait alors parcouru l'échine. J'ai déjà eu l'occasion de travailler ma patience dans bien des occasions, mais je commençais, comme tout le monde à bord, à marquer le pas. Cela faisait deux jours que nous étions à moins de 70 kms de la base, mais les conditions météo étaient défavorables pour permettre à l'Astrolabe d'accoster ou à l'hélicoptère, en poste sur la base, de décoller.

"Les conditions météo défavorables ....." :  Je crois que je n'ai pas fini de l'employer cette expression.

Cinq à sept jours de voyage selon les glaces. C'était le programme.

Avec un petit bonus de deux jours complètement bloqués dans le pack et les deux jours à proximité de la base, nous touchions les onze jours du bout de l'éphéméride.

Pour couronner le tout, il y avait eu un fâcheux corollaire à notre libération de la banquise : le retour du roulis qui, pour les embarqués, était synonyme de mal de mer.

Mais encore une fois, quelle importance ? Puisque ça y est ! Je la vois. Elle est là, à portée de mon regard, ma destination qui va être "ma maison" pour l'année à venir.

Mais quoi ? un contretemps ? La rumeur circule dans les coursives : trop de vent !

Avec un temps pareil, l'hélico reste au sol.

"- C'est pas grave, on charge les bagages quand même."

La procession commence. Comme les autres, je file prendre dans ma cabine mon volumineux sac de voyage et mes deux jolis sacs de marin de couleur orange qui contiennent le paquetage fourni par l'Institut Polaire pour mon hivernage. Puis, je me glisse dans la longue file, qui se répand jusqu'à la plate-forme arrière de l'Astrolabe, pour déposer mes effets dans ces fameuses "caisses bois". Elles seront bientôt suspendues au bout d'une élingue, emportées dans les airs jusqu'à la DZ de la base.

"- Combien elles pèsent ces caisses ? "

" - 1000 kgs.  Pas plus, sinon l'hélico peut ne pas les prendre."

La première est déjà pleine. Alors ceux d'entre nous qui ont encore des affaires à mettre se rabattent sur la deuxième caisse, un peu plus loin.

La file de fourmis, chacune portant son fardeau disparate, change de forme tandis que ses participants s'orientent vers leur nouvel objectif.

Il me faudra trois voyages en tout pour caser, en plus de mes bagages, ma guitare et mon ordinateur. Ces deux accessoires qui rendront, sans aucun doute, ma vie sur place plus douce et confortable.

La deuxième caisse est close. Je me réfugie dans le salon, comble pour l'occasion. Nous n'avons plus qu'à attendre. Les minutes s'égrènent, les heures passent, le vent souffle.

Plus ou moins tassés les uns contre les autres, nos discussions, proches de la philosophie de comptoir, dissimulent mal notre impatience derrière un humour qui se veut optimiste.

Soudain, ça se débloque :

" - L'hélico arrive. On va vous expliquer les règles de sécurité au salon et on commence à débarquer."

A peine quelques minutes s'écoulent et le ballet  commence.

Nous sommes appelés à tour de rôle, par paquet de quatre. Chacun s'engage sur la plate-forme, se fait aider pour enfiler le gilet de sauvetage avec l'air empoté du débutant qui ne comprend pas bien où glisser quelle sangle, puis, monte à bord de sa "navette express".

Les tournées aériennes s'enchaînent... Je suis en fin de liste ! Le salon se vide peu à peu. Mon trac grimpe en proportion.

...

Un signe ?

C'est mon tour ! Pas plus habile que les autres, j'ai l'impression de battre des records de maladresse, empêtré entre les sangles de mon sac photos et celles du gilet rouge vif qu'on me passe autour du cou. Mon coeur bat la chamade mais je suis à peu près sûr que le boucan qu'il fait est couvert par le vrombissement du moteur de l'hélicoptère quand je m'avance vers lui.

Décollage ...

Vue aérienne de l'Astrolabe.

Regard devant : je vois la base.

 

 

 

A travers la verrière de l'Ecureuil, devant moi, la base Dumont d'Urville

A travers la verrière de l'Ecureuil, devant moi, la base Dumont d'Urville

Le Comité d'accueil est prêt . Quelle foule !

Le Comité d'accueil est prêt . Quelle foule !

Les turbulences sont très supportables. Surtout, je ne veux pas perdre une miette de ce bref et fabuleux spectacle.
Là, en bas, face à la DZ de la station, le comité d'accueil, nous attend de pied ferme. Je reconnais mon prédecesseur parmi le petit groupe des hivernants que nous venons remplacer.

L'hélicoptère se pose. Je descends, rejoins un homme avec une belle barbe blanche, un casque de sécurité et un gilet jaune de chantier. Il me déséquipe de mon gilet. Je recafouille dans les sangles ... C'est pas grave.

J'ai posé le pied en Antarctique.

Je regarde autour de moi, respire un grand coup :

Je suis à la maison !

Encore une poignée de secondes ... Juste une poignée de secondes .... (crédit photo M. Aimetti)

Encore une poignée de secondes ... Juste une poignée de secondes .... (crédit photo M. Aimetti)

Engoncé dans ma tenue" grand froid", le sac photos en bandoulière, ça y est ! Je suis en Antarctique ! ( crédit photo M. Aimetti) !

Engoncé dans ma tenue" grand froid", le sac photos en bandoulière, ça y est ! Je suis en Antarctique ! ( crédit photo M. Aimetti) !

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