Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

baroudoc.overblog.com

Carnet de vie d'un médecin voyageur


19 500 ...

Publié le 31 Août 2013, 10:20am

Emile, Jean-Marie et Erwan, les trois "Météos" de la mission 63 en Terre Adélie.

Emile, Jean-Marie et Erwan, les trois "Météos" de la mission 63 en Terre Adélie.

 

 

Samedi matin 8h30.

Emmitouflé dans ma douillette veste polaire, je me dirige vers le bâtiment technique dans lequel se situe, tout au bout du couloir, le bureau des "météos".

Déjà, quelques hivernants sont présents. Ils profitent d'un café bien chaud préparé par Emile, le technicien d'exploitation.

- Salut les gars ! Où est  Jean-Marie ?

- Il est dans le hangar. Il prépare le ballon.

Parfait. J'arrive juste à temps !

Le temps de descendre la passerelle qui mène au local indiqué, me voici pile au bon moment pour assister aux préparatifs. Jean-Marie, le chef de station, est justement en train de tremper une sorte de gros bidule tout mou, en latex, dans un liquide à l'odeur peu engageante.

- J'arrive trop tard ?

- Non, non. Je "fioule" le ballon.

- Tu quoi ?

- Je fioule le ballon. Comme il fait très froid en altitude (moins70°C), ça fragilise considérablement le latex donc, pour qu'il puisse monter assez haut, je trempe le ballon dans un mélange de gasoil et d'eau.

Etape du" fioulage".

Etape du" fioulage".

 

Jean-Marie procède, en fait, à la préparation du lancer de ballon-sonde que Météo-France effectue quotidiennement ici, sur la base Dumont d'Urville, par le biais du personnel qu'elle envoie hiverner chaque année en Terre Adélie et ce, depuis 1950, année de la première participation de Météo-France aux Expéditions Polaires Françaises (EPF).

Aujourd'hui est un petit évènement pour cette institution. En tout cas, ça l'est pour nous.

Dans quelques instants, sera lâché le 19 500ème ballon-sonde. C'est un nombre purement symbolique qui permet surtout de se mettre en tête le travail considérable de recueils de données météorologiques effectuées depuis des dizaines d'années dans ces contrées isolées et inhospitalières.

Alors que je reste pensif, appareil photos en main, Jean-Marie a déjà fini le "fioulage" et se dirige maintenant vers le bureau pour calibrer la sonde.

La sonde ?

Il s'agit d'une petite boîte en polystyrène qu'il dispose dans un appareil au couvercle de plexiglas. L'appareil est relié à un des nombreux ordinateurs qui équipent le local.

Alors que l'informatique accomplit sa fonction, je m'étonne de la présence de petites boules de papier humides, positionnées à côté de la sonde.

Jean-Marie m'explique alors leur utilité : il les utilise afin de régler correctement la sonde pour compenser la sécheresse de l'air en Antarctique.

ça y est, tout est prêt !

Nous nous redirigeons vers le hangar et la plate-forme de lancement attenante  visibles  depuis les fenêtres panoramiques du bureau de Météo-France,soit dit en passant la plus belle vue de la base.

C'est le moment de gonfler le ballon. Un tuyau relié à une grosse bouteille d'hélium sous pression est inséré dans l'orifice prévu à cet effet et insuffle du gaz.

Rapidement, une boule de taille "honnête", d'environ un mètre de diamètre, se met à flotter sous mes yeux. Une tare de plomb, accrochée à la ficelle où sera bientôt fixée la sonde, sert à savoir avec justesse quand la quantité d'hélium est suffisante pour accomplir sa tâche : emporter l'ensemble du dispositif au plus haut dans le ciel.

Le ballon est gonflé. Il est presque prêt.

Le ballon est gonflé. Il est presque prêt.

 

Ultime préparatif au lancement : la sonde est enfin accrochée au ballon.
Le lâcher est imminent !

Après avoir complètement ouvert le rideau de fer qui permet d'accéder à la plate-forme de lancement, Jean-Marie se saisit de l'ensemble et s'avance d'un pas décidé à l'air libre.

Là, devant les deux autres membres de l'équipe météo et quelques curieux venus immortaliser l'évènement par une photo-souvenir, il relâche sa prise sur la base du ballon qui prend alors son envol, emportant avec lui la petite boîte blanche chargée d'équipement électronique.

Et c'est parti pour une longue ascension !

Et c'est parti pour une longue ascension !

 

C'est fait !

Il fait froid. Nous allons nous réfugier dans le bureau où les trois résidents peuvent à loisir m'expliquer les graphiques qui se dessinent en temps réel sur leurs écrans d'ordinateurs.

Altitude, température, vitesse et direction du vent, pression, humidité : les courbes apparaissent sous mes yeux et les nombres défilent au fur et à mesure que le ballon effectue sa mission.

Les courbes se dessinent au fur et à mesure de la progression de la sonde en altitude.

Les courbes se dessinent au fur et à mesure de la progression de la sonde en altitude.

 

 

Le ballon poursuivra encore son ascension pendant plus d'une heure avant d'éclater, dilaté à l'extrême de ses capacités élastiques. Il aura alors atteint 4 à 5 mètres de diamètre.

Entre-temps, il aura accumulé les données. Autant d'informations qui seront expédiées à Toulouse, comme tous les jours, et que  Météo-France pourra utiliser pour établir des modèles prévisionnels de plus en plus précis grâce à de puissants algorithmes de calcul et à la connaissance de plus en plus pointue acquise dans l'étude météorologique.

Tout ceci grâce à un lancer de ballon comme il s'en effectue tous les jours de l'année sur la base Dumont d'Urville.

Depuis 1950 ...

Depuis 19 500 ballons ...

Après tout, ce n'est peut être pas un hasard si :

 

La météorologie, c'est l'art de prévoir ce qui change tout le temps.

Almanach de l'Os à moelle, pensée du 31 juillet 1981. Pierre Dac et Francis Blanche.

Post -Scriptum :

Ce jour du 31 août 2013 :

Le ballon-sonde aura atteint l'altitude de 17 670 m en une heure et dix minutes, (il dépasse régulièrement les 25 km).

La température la plus basse relevée aura été : moins 69°C.

Le vent le plus fort enregistré aura été : 125 noeuds soit 232 km/h.

Pour qu'un lancer soit "valide", il doit dépasser les 13 000 mètres d'altitude !

 

Commenter cet article

Archives

Articles récents